|-- Olivier Badin - Rock Sound n°35 (mai 2005) -
Transcription : Camillou77


Grand guignol

Notre approche de ce nouvel album – en fait double – annoncé depuis septembre dernier fut digne d’un mauvais roman policer. Il y a eu d’abord l’écoute à Los Angeles de 9 morceaux. Soit seulement un tiers des 28 titres que le groupe avoue avoir enregistré sous la houlette de leur ‘gourou’ Rick Rubin. Et à seulement 3 mois de la sortie du 1er volume du binôme, personne ne savait alors officiellement quelle chanson terminerait sur quel album ! Et quand nous sommes enfin invités à écouter dans son intégralité Mesmerize dans les locaux de la maison de disques française 5 semaines plus tard, on frise le grand guignol : le seul exemplaire CD est en la possession d’un malabar avec un tatouage à la George Clooney dans Une nuit en enfer aussi charmant qu’une porte de prison. Bien sûr, hors de question de rentrer dans la pièce où quelques VIP pourront écouter une seule fois ces11 titres, non sans avoir laissé sacs et portables à l’extérieur de celle-ci… Bref, ces mesures de sécurité dignes d’une prison fédérale s’expliquent autant par la paranoïa désormais avouée des grosses maisons de disques à l’encontre des méchants pirates que par l’importance capitale que prend le pari de sortir un 4e album en 2 parties (une façon comme une autre de voir la chose, non ?). Il a donc fallu pas moins de 3 interviews différentes étalées sur presque 6 semaines pour commencer à y voir clair. Et encore : le duo Mesmerize/Hypnotize en général et SOAD en particulier n’ont sûrement pas livrés tous leurs secrets…

Pourquoi avoir choisi ces 2 titres d’albums ?
Serj : Tout simplement parce qu’ils sont très similaires en termes de sonorités, mais aussi de sens. Ces 2 mots sont indépendants, mais, en même temps, ils représentent les 2 facettes d’un seul et même concept. Initialement, nous ne pensions pas faire 2 disques lorsque nous avons commencé à travailler dessus à la fin 2003. Mais progressivement, l’idée s’est imposée à nous…

Tu ne vois donc pas Mesmerize et Hypnotize comme 2 disques bien distincts ?
Serj : Non, pour moi, ce n’est qu’un seul et même album, mais sortant en 2 parties. D'ailleurs leurs designs seront très liés. Si tout se passe comme on le souhaite, il devrait y avoir un emballage spécial qui permettra à ceux qui le souhaitent de mettre les 2 CD dans le même boîtier.

Il n’a jamais été envisagé de sortir un seul et même double album d’un coup ?
Serj : Non, car sinon, cela aurait été beaucoup trop de musique à absorber pour l’auditeur lambda. Je crois que même la majorité de nos fans n’auraient pas tenu le choc. Tu sais, j’ai essayé de m’envoyer ces 28 morceaux d’affilée et crois-moi, c’est impossible… [sourire] Donc, plutôt que de balancer au visage du public cette masse indigeste – dont la moitié risquerait au final d’être négligée -, nous avons préféré couper la poire en 2.

D’ailleurs, au final, Mesmerize paraît presque court entre guillemets, avec 12 morceaux (si on compte l’intro), pour une durée finale de 37 minutes…
Shavo : C’est Daron qui s’est chargé de choisir l’agencement final des 2 disques. Mais nous avons tous mis la main à la pâte, car nous voulions tous que ce disque ait une vie à part entière, tout en restant lié avec son successeur. Donc, la note un peu mélancolique laissée par le dernier morceau de Mesmerize, « Lost In Hollywood », sera le point de départ d’Hypnotize. Les fans les plus acharnés pourront ainsi écouter les 2 disques d’affilée, s’ils le veulent, sans avoir l’impression qu’il existe une coupure au milieu.

Cette démarche est-elle une conséquence de ce qui s’est passé avec Steal This Album, qui malgré vos efforts ne fut considéré que comme un disque de chute de studios et non pas comme un album à part entière ?
Serj : Entre autre. Nous avons été un peu naïfs sur ce coup-là : initialement, nous ne voulions que sortir Toxicity, mais la commercialisation de Steal This Album s’est, là encore, imposée d’elle-même à cause de tous ces morceaux que nous avions de côté et qui mériteraient à nos yeux d’être entendus par les fans. Mais nous ne voulions pas repartir en tournée ou faire de la promo exprès. Nous voulions sortir ce disque, point. Encore aujourd’hui, je pense que pas mal de gens sont hélas passés à côté alors qu’il y a de super morceaux et beaucoup d’atmosphères différentes. Avec le recul, je me rends même compte qu’il a servi à faire le pont entre Toxicity et Mesmerize/Hypnotize.

Réinventer le groupe

Vu de l’extérieur, cela ressemble presque à un album solo de Daron, étant donné tous les postes qu’il cumule…
Serj : Je doute que lui-même soit d’accord avec cette analyse. Les gens ne savaient pas forcément avant que Daron écrivait depuis toujours la majorité de nos titres et qu’il avait une très belle voix, assez fragile et enfantine. Avant de commencer à travailler sur ce disque, nous étions d’accord sur le fait qu’il fallait réinventer le groupe. Et, pour ce faire, il nous fallait de nouveaux éléments à rajouter à la recette. J’ai, par exemple, proposé que nous nous échangions nos instruments et que je me contente de ne jouer que du piano sur ce nouvel album, par exemple [sourire]. Daron, lui, a offert tout simplement d’essayer de nouvelles choses… L’essentiel est le résultat. Tu sais, l’un de mes morceaux préférés de ce nouvel album s’appelle « Old School Hollywood ». Or, je m’y contente de jouer du synthé et de chanter avec Daron sur le refrain.

Daron, tu es connu pour être un compositeur très prolixe. N’est-ce pas une façon de satisfaire ton ego que de sortir 2 albums coup sur coup ?
Daron : Bien sûr que non, car même si j’écris effectivement beaucoup, les ¾ de ces chansons ne sont jamais enregistrés. Beaucoup de gens croient que je vis comme une rock star et que je sors tout le temps, alors qu’en fait, je suis du genre à rester enfermé chez moi, seul avec mes guitares. L’écriture est, pour moi, quelque chose de naturel d’instinctif. Et si j’accouche de toutes de ces chansons, ce n’est pas forcément pour montrer aux gens que je le peux, mais tout simplement parce que c’est ainsi que je fonctionne en tant qu’artiste.

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