|-- Franck Arnaud - Hard Force n°41 (janvier 1999) -
Transcription : HxC


Il y a quelques années, Machine Head avait eu le suprême honneur d’ouvrir pour Slayer. Cette opportunité l’avait propulsé du statut d’espoir au rang de valeur sûre. Ce phénomène pourrait bien se reproduire avec la formation américano-arménienne System Of A Down, embarquée récemment sur la tournée Slayer/Sepultura et prochainement de passage en tête d’affiche. Avec un excellent album dans les bacs et une puissance scénique remarquable, S.O.A.D. est désormais prêt à suivre les traces de Deftones et autres Incubus…

HF : Comment définiriez-vous l’état d’esprit musical de System Of A Down ?
Serj : Musicalement, nous n’essayons pas de faire des choses bien précises. Nos chansons nous viennent naturellement, sans tenir compte d’influences extérieures au groupe. Nous ne voulons pas refaire ce qui a déjà été fait par d’autres. Nous essayons de mixer plusieurs éléments qui ne se retrouvent pas toujours ensemble dans le métal traditionnel. Nous écoutons tant de genres musicaux différents que cette fusion finit par rejaillir. Plus qu’un style particulier, c’est le métissage de musiques qui nous passionne. Non seulement le hardcore, le métal ou le punk mais aussi le jazz ou la musique traditionnelle européenne et arménienne… Nous ne voulons pas nous limiter.

HF : En quatre ans, vous avez parcouru un sacré chemin. Mettez-vous cela sur le compte de la chance ?
Serj : Nous sommes certainement très chanceux. Nous avons tournée aux Etats-Unis avec Slayer en mai et en juin et nous ouvrons actuellement sur cette gigantesque tournée mondiale. Nous avons eu également la chance de participer au Ozzfest et désormais nous voici en Europe. Chaque jour, c’est un peu comme un rêve éveillé !

HF : Pensez-vous que le fait d’être sous l’aile de Rick Rubin vous ait favorisé ?
Serj : Oui, je pense qu’il est en partie responsable des bonnes choses qui nous arrivent depuis un an. C’est le boss de notre label, notre producteur, et cela nous aide. Il a réussi à instaurer une bonne ambiance entre les gars de Slayer et nous… d’autant que nous sommes dingues de Slayer.
Shavo : Qui ne l’est pas ?

HF : Les relations avec Sepultura sont-elles aussi bonnes?
Shavo : Excellentes… [rires] Nous sommes fans de Sepultura. J’ai tous ses albums et c’est fantastique de se retrouver sur une telle tournée !

HF : Le package est relativement éclectique et révélateur de trois générations de groupes…
Serj : Nous jouons peut-être des musiques différentes, mais celles-ci ont un dénominateur commun : Slayer et Sepultura incarnent nos influences et c’est aussi le cas de toute cette nouvelle vague de groupes de Los Angeles comme Korn. Slayer est le groupe qui a repoussé les limites du speed et du thrash metal. C’est un grand honneur de jouer avec ces deux formations.

HF : Mais là où vous vous distinguez, c’est qu’il est rare de retrouver des groupes américains aussi vindicatifs à l’égard de la société moderne… Je crois même que vous avez eu des tracas avec la censure…
Serj : Je ne sais pas si on peut parler de problèmes. Tant que nous restons un « petit » groupe, je ne pense pas que nous les intéressons ! Nous ne sommes pas fanas de politique en général. J’essaye de prendre un tas d’éléments de ma vie quotidienne et de les transformer en textes réalistes. Nous avons des chansons d’amour et d’autres polémiques. Nous ne voulons pas être classé dans une catégorie comme peut l’être Rage Against The Machine. Nous voulons être libres d’écrire et de jouer ce que nous ressentons.

HF : Il paraît que vous avez annulé des shows en Turquie?
Serj : Oui. Si nous les avions assurés, nous aurions évoqué le génocide arménien et nous aurions été certainement arrêtés par la police turque. J’aurais vraiment voulu chanter ces chansons là-bas, non pour provoquer, mais pour expliquer aux jeunes Turcs ce qu’ils ne peuvent trouver dans leurs livres d’histoire. On nous avait prévenu que toute allusion politique dans ce pays nous enverrait directement en taule et nous n’avions pas envie de revivre « Midnight Express » [rires]

HF : Qu’évoque cette main sur la pochette de l’album ?
Serj : C’est une photo réalisée par un agitateur politique allemand du début du siècle. C’était un homme qui encourageait la montée du nationalisme et essayait d’en donner une bonne image à l’ouest. Les Occidentaux étaient tellement terrifiés par le communisme qu’ils n’ont pas compris qu’ils allaient aider une idéologie bien pire avec le nazisme. On a souvent tendance à oublier que l’Ouest a supporté Hitler pendant des années. Cette photo s’appelle « Hand with 5 fingers » et c’est l’expression de la rébellion communiste de l’époque. Pour nous, cela signifie : tu as encore 5 doigts, tu peux encore te battre et les empêcher de t’avoir… Puis-je ajouter quelque chose ? Je voudrais remercier le gouvernement français pour avoir été le premier pays à reconnaître le génocide arménien commis en Turquie. C’est une déclaration qui j’espère en appellera beaucoup d’autres !

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